CAN TotalEnergies 2025: Joël Epalle " Le football africain a énormément progressé"

CAN TotalEnergies 2025: Joël Epalle

Commentateur francophone à Agadir pour CAF TV, l’ancien international camerounais s’est entretenu avec CAFOnline. Il revient sur le premier tour de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025, ses coups de cœur du tournoi, l’évolution du football africain, ainsi que son amour pour Agadir.

Quel bilan tirez-vous du premier tour de la TotalEnergies CAF CAN Maroc 2025 ?

C’est un bilan positif. Tous les favoris attendus ont tenu leur rang et se sont qualifiés pour le deuxième tour. Seuls quelques outsiders, qui pouvaient créer la surprise, n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu, comme l’Angola ou le Gabon, éliminés prématurément. Dans l’ensemble, je suis satisfait : des équipes comme le Mozambique se qualifient pour la première fois au second tour, tout comme le Bénin ou le Soudan, qui n’étaient pas forcément attendus à ce niveau. On a vu du jeu, de la tactique et du spectacle sur tous les terrains.

Quelle équipe vous a le plus impressionné jusque-là ?

Je dirais le Mozambique. Je ne les attendais pas à ce niveau. Tactiquement, ils étaient très bien organisés. Pour aller loin à la CAN, il faut aussi des qualités athlétiques, mais les Mozambicains ont joué avec finesse et insouciance. Leur football repose sur des transitions rapides parfaitement exécutées. Le fait que leurs joueurs évoluent dans le championnat local, avec un sélectionneur également local et ancien international, a beaucoup contribué à cette réussite. Le coach a su asseoir sa philosophie et les joueurs y ont répondu parfaitement.

Une équipe qui a déçu ses attentes ?

Ma plus grande déception, c’est le Gabon. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils montrent ce visage, surtout après leurs performances récentes lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Certes, ils étaient diminués avec les blessures d’Aubameyang, Lemina ou Allevinah, mais je ne pense pas que l’équipe ne pouvait compter que sur eux pour se qualifier. Se faire éliminer avec zéro point est une grosse déception.

En tant qu’ancien Lion indomptable, quel regard portez-vous sur les matchs du Cameroun ?

J’ai été surpris par la maturité et la qualité du jeu de ces jeunes joueurs dès le début de la compétition. Je pensais que la mayonnaise prendrait au troisième match, mais ils se sont montrés conquérants très tôt. Je salue les choix du coach pour sa liste. Il a fait le tri dans l’équipe en fonction du comportement et de l’expérience de chacun, et le temps lui donne raison. Cela faisait longtemps que le peuple camerounais n’avait pas vu des joueurs avec autant de fighting spirit et de détermination. C’est positif pour le Cameroun et pour la CAN, qui a besoin d’un Cameroun fort.

Que peut-on attendre des huitièmes de finale qui débutent ce samedi ?

Je pense que les favoris vont continuer à montrer ce qu’ils ont démontré en phase de groupes. Il y aura sûrement quelques surprises, mais la logique devrait être respectée : le Maroc, l’Égypte, la Côte d’Ivoire et le Nigeria devraient passer. Il faudra surtout suivre le match Afrique du Sud – Cameroun, avec un entraîneur qui connaît très bien les Lions indomptables et qui a déjà remporté la CAN avec eux (ndlr : Hugo Broos en 2017). Sur le plan tactique, ce sera probablement l’un des meilleurs matches de ces huitièmes.

Sur un plan personnel, vous commentez les matchs à Agadir pour CAF TV. Comment se passe cette expérience ?

Tout se passe très bien. Je commente avec mon binôme Oumar Diaby, avec qui nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous vivons les rencontres à fond. Agadir est un cadre exceptionnel, avec des infrastructures de grande qualité et des pelouses parfaites. Cela permet aux joueurs de produire un football spectaculaire. Nous avons eu de nombreux rebondissements et des scénarios improbables, c’est ce qui rend la CAN si passionnante. Même lorsqu’on pense connaître le résultat à l’avance, la compétition nous surprend.

Que pensez-vous de l’organisation de la TotalEnergies CAF CAN Maroc 2025 ?

L’organisation est remarquable, c’est l’une des meilleures CAN auxquelles j’ai assisté. Jouer sur neuf stades change beaucoup la donne, comparé aux quatre ou six stades habituels. Et ce ne sont pas de petits stades : ils répondent aux standards européens avec des pelouses magnifiques. Même la météo contribue à ce que les équipes produisent un football de qualité.

Que dites-vous de l’évolution du football africain aujourd’hui ?

Le football africain a énormément progressé. Cette CAN montre que nous nous rapprochons de plus en plus du niveau européen. Les petites nations qui travaillent bien commencent à émerger, ce qui est de bon augure pour l’avenir.

Je félicite également les dirigeants africains qui font confiance aux entraîneurs locaux. Avant, les bancs étaient souvent occupés par des expatriés, ce qui n’est pas mauvais, mais il faut aussi laisser la place aux locaux. Aliou Cissé avec le Sénégal ou Djamel Belmadi avec l’Algérie ont montré que c’était possible. Les entraîneurs locaux connaissent mieux la spécificité des joueurs africains et savent comment en tirer le meilleur. Cela ne peut qu’être bénéfique pour la CAN.

Depuis la fin de votre carrière, vous avez passé vos diplômes d’entraîneur et été adjoint sur les bancs du Cameroun. Vous allez bientôt retrouver un poste d’entraîneur principal ?

Oui, j’ai passé mes diplômes (Licence UEFA A) et j’ai entraîné une équipe amateure, réalisant quatre montées successives du niveau départemental au niveau régional en France. Cela m’a ouvert la porte pour devenir adjoint de Clarence Seedorf et Patrick Kluivert avec le Cameroun. J’ai beaucoup appris à leurs côtés, et contribuer à la nation en tant qu’entraîneur est une fierté inestimable. Aujourd’hui, je continue à faire mes classes, en attendant une nouvelle opportunité. Il faut que les fédérations africaines nous ouvrent les portes pour mettre notre expertise au service du football africain.

Un mot de la fin…

Je remercie la CAF pour cette opportunité et je suis bluffé par l’accueil reçu depuis le début, notamment à Agadir, un cadre idéal pour travailler. Vive le football africain !